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Dissonance cognitive part 2/3 : En couple et en politique, pourquoi vous avez toujours raison (dans votre tête)

created Dec 2nd, 15:31 by Nou9at


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La pyramide des choix moraux
 
C'est ici qu'intervient l'autojustification, qu'ils comparent à un thermostat chargé de réguler notre amour propre. Manoeuvre mentale inconsciente, elle détermine nos actes, nos émotions, nos croyances.
 
Ce travail se déroule en catimini, mais il emporte des conséquences gigantesques. Elle joue par exemple un rôle énorme dans les mécanismes de persécution collective. Il a été plusieurs fois démontré que les sentiments de haine suivent la violence plutôt qu'ils ne la précèdent. C'est après qu'un groupe d'enfants s'est attaqué à un écolier plus fragile qu'il va se mettre à le mépriser. L'agression entraîne l'autojustification, qui entraîne une autre agression, et ainsi de suite.
 
Ce même cercle vicieux a plusieurs fois été documenté dans les études concernant les violences de masse. Beaucoup de bourreaux rwandais, à l'origine, n'avaient rien contre leurs victimes, et se laissaient entraîner par la pression collective car une fois criminels, ils ne demandaient qu'à être persuadés que les Tutsis méritaient leur sort, et la propagande génocidaire entrait en eux sans difficulté.
 
Nos croyances morales résultent souvent de mécanismes d'autojustification, selon un schéma dit de la pyramide des choix. Tavris et Aronson l'illustrent avec l'exemple, tiré d'une expérience menée en 1958 par le psychologue Judson Mills, de deux étudiants partageant initialement une opinion modérée sur la triche aux examens (en gros ce n'est pas bien mais ce n'est pas un crime) face à un sujet de dissertation trop difficile pour eux, les deux hésitent à tricher : l'un cède à la tentation, pas l'autre.
 
Les deux ont sacrifié quelque chose de précieux. Le premier, son intégrité et le second, sa réussite. Le temps passant, chacun des deux cherchera à justifier son choix. L'un en relativisant l'immoralité de la triche, l'autre en jugeant la triche honteuse. Comme le montre l'expérience de Mills, ils finiront par internaliser la croyance, par en faire une opinion générale et même par être certains de l'avoir toujours eue.
 
Tout s'est déroulé comme s'ils étaient partis du sommet d'une pyramide, à un millimètre l'un de l'autre, et que, le temps de justifier leur comportement, ils avaient glissé jusqu'à deux coins opposés de sa base.
 
Corrompus et incorruptibles
 
En étudiant plusieurs scandales politiques, du Watergate à des affaires plus récentes de corruption, Tavris et Aronson montrent que la plupart des corrompus se perçoivent comme incorruptibles tandis qu'ils dévalent la pente de la pyramide, justifiant leurs choix petit à petit, jusqu’à ce qu'ils ne puissent plus se mentir. Alors, ils se persuadent qu'ils sont corrompus pour de bonnes raisons.
 
Bon nombre de dysfonctionnements sociaux trouvent pareillement leur racine dans notre incapacité à percevoir nos fautes et nos lacunes. Le livre s'étend longuement sur la question des erreurs judiciaires, souvent nées d'un refus obstiné de la preuve contraire, et des désastres sanitaires.
 
Il évoque notamment le cas, assez typique, d'Ignace Semmelweis, médecin hongrois qui en 1847 avait recommandé à ses collègues de se laver les mains avant de faire accoucher des femmes. Son service avait vu le taux de mortalité chuter drastiquement. Mais ses collègues firent tous les efforts du monde pour disqualifier cette preuve et justifier leur absence d'hygiène.
 
En tant que sujets politiques, nous ne valons pas beaucoup mieux que les collègues obtus de Semmelweis. Nous n'aimons pas nous tromper. Beaucoup d'études, décrites dans le livre, confirment que nous cherchons tous les moyens possibles de discréditer les arguments pertinents qui ne vont pas dans notre sens. Nous déformons inconsciemment le contenu des articles que nous lisons. Notre mémoire ne garde la trace que des contre-arguments les plus ridicules et les plus faciles à rejeter. Nous nous accrochons dur comme fer à nos préjugés, parfois aux prix de contorsions rhétoriques invraisemblables. Nous voyons les représentations politiques adverses comme des opinions irrationnelles, et les nôtres comme des savoirs longuement mûris par l'analyse.

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